Paris

C'est un journal de bord, dans lequel je mets, chaque jour ou presque, mes croquis, dessins, aquarelles ou autres, et aussi de petits écrits, parfois.

03 juillet 2008

Aujourd'hui

Ingrid Betancourt n'est plus otage. C'est bien, très très bien. Pour autant, ne doutons pas. Quand les images d'aujourd'hui ne collent pas avec celles d'hier. Quand les dires d'aujourd'hui ne correspondent pas avec ceux d'hier. Quand la légende se construit, sous nos yeux, avec notre contribution muette. Dans le film qui se déroule, les figurants que nous sommes, tous anonymes ou presque, à peine vus, entrevus que déjà oubliés et jamais reconnus, ne sont pas payés pour le rôle qu'ils jouent, fondamental cependant : ils composent la majorité. Pensons, rêvons, ne nous taisons pas. Aujourd'hui, j'ai eu une envie soudaine et furieuse de laisser passer mes humeurs dans un petit billet...

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29 juin 2008

Au théâtre : Boliloc

Une fois n'est pas coutume, je n'afficherai pas de dessin pour accompagner mon texte. L'occasion s'y prêterait cependant ! Je viens vous parler de "Boliloc", un spectacle de Philippe Genty, dont la dernière représentation avait lieu ce dimanche, au théâtre du Rond-Point. Sujuguée par les images de ce spectacle sans parole ou presque, je veux vous conter mon émerveillement, avant de lire une quelconque critique ou analyse qui risquerait d'infléchir ce que j'ai envie d'écrire.
Sur scène, l'ambiance est donnée avant même que le spectacle commence : des cubes de couleur bleue rythment l'espace. Une femme, tout de rouge vêtue, apparaît. Elle porte un pantalon bouffant. Un turban la coiffe. Un "champignon" diront les marionnettes qu'elle sortira pour les présenter, l'une après l'autre, selon son gré, des cubes. Une tulipe, je dirais. Car on est en plein onirisme. Le spectateur ne peut que se laisser happer par cet univers, où se jouent des rêves de toutes sortes, mis en couleurs, en images et en sons et additionnés de gags aussi bien truculents que poétiques. C'est dimanche après-midi, et des rires d'enfants fusent dans la salle, suivis, de ci, de là, de rires d'adultes plus étouffés. Les marionnettes sautent d'un pied sur l'autre, s'envolent, émettent des pets, se bousculent et échappent aux boîtes-pièges tendues par la tulipe qui fait, elle, de jolis pas de danse. Elles sont deux, ces marionnettes. Avec la tulipe, cela ferait bien trois personnages sur scène, mais il est inutile d''essayer de les compter. Très vite, il faut abandonner toute tentative de se raccrocher à la réalité. Je vous l'ai dit, le spectateur est emporté, emballé, comme les êtres mi-humains, mi-marionnettes qui peuplent la scène et s'y multiplient. Leurs têtes, encadrées dans les boîtes-cubes ouverts sur un côté, se croisent et s'entrecroisent dans de savants tours de passe-passe.
L'univers bascule, la tulipe est maintenant aux mains des deux marionnettes-humains devenus tout à coup chirurgiens. Enfin, de drôles de chirurgiens, des clowns comiques à moitié automates qui sondent la belle avec pinces et entonnoir. Les gags se succèdent : une main, au bout d'un bras qui se lève, donne des claques, une scie coupe un bras. Heureusement, le produit anesthésiant fait son effet et les deux chirurgiens s'engouffrent dans les entrailles de la belle. Après ce voyage intestinal, retransmis sur écran, et dont ils ramènent un gros poisson, les voilà aussitôt repartis, cette fois dans une envolée intersidérale. Des planètes traversent le ciel, sous les étoiles. Ils les chevauchent, elles rebondissent. Tout va vite, très vite. La tulipe, cette fois marionnette, habite la voie lactée, qui s'étire en voile et retombe en se plissant sur la scène, comme un long drap de nuage qui se froisse dans des bruits de plastique et finit par disparaître dans la poche de veston d'un des deux personnages masculins, qui se désarticule sous nos yeux et que l'autre pourfend pour lui soutirer, au travers de la chemise, un tissu blanc comme entâché de sang. Le tissu grandit, grandit et engloutit les personnages, il est devenu entièrement rouge, d'un splendide rouge tulipe. Une tête en surgit, celle de la femme-tulipe. L'animal étrange, ainsi composé, accomplit une danse d'une époustouflante beauté. L'éblouissement est total quand le noir se fait et que des flashs jaillissent un peu partout dans des bruits de feux d'artifice. Des applaudissements retentissent, mais le spectacle n'est pas fini, loin de là.
La musique change, devient plus contemporaine, plus forte et plus rythmée. Psychédélique, comme le décor avec lequel se confondent maintenant les personnages-marionnettes. Un immense paysage en tissu chenillette bigarré se glisse, mu par un vaste souffle, sous le grand rectangle bleu lumineux qui sert de fond de scène pendant toute la durée du spectacle. Il avance jusqu'à occuper tout l'espace. Dans ce décor apparaît, constante de toute la pièce, une petite maison. Une maison qui partira en flammes, une fois encore. Il serait tentant de jouer à docteur Freud en essayant de relier cet événement récurrent aux premières scènes. Qu'elle n'est pas en effet la terreur de la tulipe quand, au tout début du spectacle, une marionnette lui parle d'une maison incendiée ! Comment ne pas repenser, alors, à la porte interdite et à la clef, visionnées lors du voyage dans ses entrailles ? On peut aussi n'en rien faire et entrer, comme hypnotisé, dans ce rêve éveillé que Philippe Genty et les acteurs de sa compagnie nous donnent à partager...

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04 juin 2008

Aquarelle

Prendre un pinceau
doucement le lever
doucement le plonger

Prendre la couleur
doucement la chercher
doucement la mélanger

Pour la peindre,
elle

La fleur

Lentement, une à une,
ses pétales
lentement, une à une,
sa tige et ses feuilles

Pour la dire,
elle

La fleur
qui balance au vent

La fleur
et ses couleurs
qui chatoient
à la lumière du soleil

La peindre,
elle
en aquarelle

Elle,
un amour d'immortelle.

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02 mai 2008

Les gens

Y'a des gens qui ?
Y'a des gens que ?
L'enfant ouvre grands les yeux
Y'a des gens qui !
Y'a des gens que !
L''adolescent vacille
une lueur folle a traversé ses yeux
Y'a des gens qui
Y'a des gens que
Pour observer, le temps manque à l'homme
qui regarde, droit dans les yeux
Y'a des gens qui...
Y'a des gens que...
Le vieux hoche la tête
baisse les yeux
respire
puis redresse lentement l'échine
et sourit,
heureux de vivre
et d'espérer
encor.
Il est, elle est
vous êtes, je suis
nous sommes
des gens qui
des gens que.
Y'a pas qu'eux.

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17 avril 2008

Des nouvelles fraîches

080416
J'habite Paris et c'est d'ailleurs le titre que j'ai choisi pour ce blog, alors je fais irruption dans cette galerie endormie pour vous donner quelques nouvelles fraîches, des nouvelles parisiennes. Une envie me vient, comme ça, de me transfomer en reporter ! Ce jeudi, à 16h30, quand je suis arrivée à la place de la Nation, elle était vide. Vidée. Des fourgons de gendarmerie en obturaient les grandes avenues qui l'alimentent en étoile. Des badauds commençaient à s'attrouper. "Reculez", "Personne ne passe", les gendarmes faisaient leur boulot. Un passant, goguenard, les interpelle : "et si je veux manifester, alors, j'peux pas passer ?!" L'occasion est trop belle, je pourrais essayer de dessiner ces véhicules, et pourquoi pas ces hommes bottés, casqués, armés - on dirait des robots articulés, leurs carapaces les font ressembler aux dinosaures en plastique avec lesquels jouait ma fille. Je peste de ne pas savoir dessiner plus vite et mieux. Il fait froid mais le ciel est bleu, les arbres ont sorti leurs feuilles, nous sommes en avril. Les cris se rapprochent, ils forment comme de longs hurlements. Des bruits sourds retentissent. On dirait des chocs. Des pavés jetés ? Les gendarmes nous repoussent un peu plus loin dans l'avenue. "Il y a eu déjà des dégâts...", l'un d'entre eux, débonnaire, discute avec une passante. Il se tourne vers moi : "qu'est-ce que vous dessinez ?" Je suis femme, je peux oser - après un sourire : "vous, si vous voulez !" Je dessine encore un peu, puis des gaz lacrymogènes nous dispersent tous. Je me dirige vers une boulangerie voisine. Trois femmes derrière le comptoir s'affairent à servir les clients qui ont afflué. Deux jeunes lycéennes - elles rigolent, disent "putain !" "ça craint !", ne savent pas quoi choisir - deux gendarmes - ils achètent des croissants, repartent, sourire aux lèvres. Quand je sors, j'aperçois en plein milieu de l'avenue un mince jeune homme, un grand carnet de croquis à la main. Curieuse, je m'approche de lui. Il est étudiant en école d'art, il essaie de dessiner les fourgons. Tiens, lui aussi ! Je n'ai plus rien à faire ici et m'éloigne tranquillement, par une rue de traverse. Dans l'avenue suivante, je me retourne et aperçois au loin les statues de la place de la Nation. Ici sont garées d'autres fourgonnettes. Pas en ordre de bataille mais en désordre, plus ou moins les unes derrière les autres. Elles ne sont pas bleues, mais vertes. Ce sont celles de la ville, en charge du nettoyage.

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11 avril 2008

Absence

ville
Ils marchent, désoeuvrés, dans la ville
Ils marchent, esseulés, dans la foule
et suivent
les gens pressés
les gens préoccupés
ceux qui savent où ils vont
ceux qui savent ce qu'ils font

Désoeuvrés, esseulés, ils marchent
et rêvent
à des ailleurs

Désoeuvrés, esseulés, ils déploient
en leur for intérieur
des gestes des mots
des émois

Désoeuvrés, esseulés, ils tracent
des chemins dans la ville
des chemins où tout s'efface
des chemins qui les délassent

Ils sont là où on ne les attend pas
Ils vont, ils se font et se défont,
Etonnés d'être là où ils ne sont pas.

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26 mars 2008

Dessiner et bloguer

Hier, j'ai continué mon exploration de blogs. Exploratrice de blog, tiens, quel joli métier ça ferait !
J'ai noté dans un petit carnet : "la fonction du blog, pour le débutant et pour le confirmé. Le débutant débute par un blog. Le confirmé prolonge par un blog qui lui permet de retrouver l'âme, la ferveur et la fraîcheur du débutant qu'il veut rester."

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20 mars 2008

Blog blog et blog

de blog en blog, je saute, des fois je compte, et un blog et deux blogs et trois blogs et là je bloque, faut arrêter, je débloque ! rien à faire, je recommence et j'entre, sans toc-toc, attirée, de jour comme de nuit, par la lumière de toutes ces vies qui se loquent et se déloquent, j'ai le tournis, je clique, encore et encore, je m'embrase, j'aime, je l'écris, j'embrasse et j'aime, la foule, la solitude et l'infini, je le sais puisque je vous le dis, je flirte avec le paradis.

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18 mars 2008

Reconnaissance

La vie, t'en es affublé depuis que t'es né
tu comprends rien, t'as rien compris
mais tu la vis
et tu la justifies
c'est juste, non, puisqu'elle est ainsi !

La vie, tu la mènes
et puis tu te justifies
mais toi, tu sais
la peine, la géhenne
tout ce qu'il a fallu contourner
tout ce qui, d'elle, a failli te détourner

Alors, timidement, tu lèves les yeux
pour la regarder
alors, timidement, tu lèves la main
pour l'apprivoiser
alors, doucement, tu élèves la voix
pour la gronder
toi, ma vie, c'est toi qui m'as fait tout ça ?

Bien sûr, elle ne répond pas
Elle fait le gros dos,
Attend, bras ballants, que passe le temps
de l'orage et de la rage aux dents

Alors et alors seulement,
tu baisses tes yeux
tu tends ta main,
... elle... vient

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Blooooog

je blogue, tu blogues, il ou elle blogue, nous bloguons, vous blaguez ?
je recommence, tu recommences, il ou elle recommence, vous recommandez cette danse ?
tu fais, il ou elle fait, nous avons fait, ils ou elles font, aujourd'hui je fais plus rien on verra bien demain
.....................................
Un jour, une fois, toujours.
La journée passe. Elle est passée et rien ne s’est passé. Rien et tout : la vie.

Posté par janek à 15:28 - écrits - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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